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ORSAN niveau 3 activé : les kinésithérapeutes mobilisés auprès des patients fragiles

Le plan ORSAN a été porté à son niveau 3 sur l’ensemble du territoire, en réponse à une vague de chaleur exceptionnelle et durable. Il s’agit du niveau le plus élevé de mobilisation du système de santé. Cette décision place l’ensemble des acteurs de soins — hôpitaux, Samu, médecine de ville, cliniques et secteur médico-social — en situation de coordination renforcée.

En tant que kinésithérapeutes, nous sommes pleinement concernés. Nos cabinets accueillent chaque jour des patients âgés, polypathologiques, en perte d’autonomie, en situation de handicap, en rééducation post-opératoire ou atteints de pathologies respiratoires, cardiovasculaires ou neurologiques. Beaucoup d’entre eux sont particulièrement vulnérables face aux fortes chaleurs.

Comprendre ORSAN niveau 3

Le dispositif ORSAN (Organisation de la Réponse du Système de Santé en situations sanitaires exceptionnelles) est un cadre national, prévu par le Code de la santé publique, qui permet d’organiser la montée en puissance progressive et coordonnée du système de santé face à une crise. Il est piloté au niveau régional par les Agences régionales de santé (ARS) et peut être activé nationalement.

Pour un épisode caniculaire, c’est le volet EPI-CLIM qui est activé : il couvre les tensions liées aux événements climatiques (canicule, grand froid, pollution) et aux épidémies saisonnières. C’est la première fois que ce volet est activé au niveau national pour une canicule.

ORSAN repose sur quatre niveaux :

  • Niveau 1 — veille et surveillance renforcée, sans modification majeure de l’organisation ;
  • Niveau 2 — mobilisation renforcée par montée en puissance : anticipation, adaptation des effectifs et des capacités d’accueil ;
  • Niveau 3 — conduite de crise, en cas de tension majeure : c’est le niveau le plus élevé de mobilisation sanitaire ;
  • Niveau 4 — niveau post-crise, de retour à la normale.

Point important à retenir : le niveau 3 n’est pas « moins grave » que le niveau 4. Le niveau 3 est le maximum de mobilisation active ; le niveau 4 correspond à la sortie de crise.

Ce que le niveau 3 change concrètement

L’activation du niveau 3 permet notamment :

  • de renforcer les effectifs hospitaliers, en particulier grâce à la mobilisation de la réserve sanitaire ;
  • de renforcer la coordination entre les hôpitaux, la médecine de ville, les cliniques et le secteur médico-social ;
  • d’adapter l’activité hospitalière, avec si nécessaire des déprogrammations ciblées d’interventions non urgentes.

L’objectif est d’anticiper une forte sollicitation des urgences et des Samu, et de permettre au système de santé de tenir dans la durée.

Pourquoi les kinés sont directement concernés

ORSAN n’est pas un dispositif uniquement hospitalier. Le Code de la santé publique prévoit explicitement que la *médecine de ville, les *centres et maisons de santé et les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) peuvent être appelés à participer au dispositif. Les soins de ville font donc partie intégrante de la réponse.

Or, nous sommes souvent parmi les professionnels de santé qui voient le plus régulièrement les personnes fragiles, parfois à domicile. Cette proximité nous donne une place essentielle dans la prévention et le repérage précoce des complications liées à la chaleur. Notre rôle est double : adapter nos prises en charge, et repérer les signes d’alerte chez nos patients.

Adapter l’organisation du cabinet

Lorsque cela est possible, il est recommandé de revoir temporairement l’organisation des soins.

Les séances les plus physiques doivent être privilégiées aux heures les moins chaudes, notamment le matin. Pour les patients fragiles, il peut être pertinent d’alléger certains exercices, de réduire l’intensité de la séance ou de fractionner davantage les temps d’effort.

Quelques mesures simples peuvent faire la différence :

  • maintenir les locaux aussi frais que possible ;
  • fermer les volets ou stores aux heures les plus chaudes ;
  • aérer tôt le matin ou en soirée ;
  • éviter les efforts prolongés en salle chaude ;
  • proposer des pauses régulières ;
  • encourager les patients à venir avec de l’eau ;
  • être attentif aux patients arrivant à pied, en transport ou après un trajet long.

Pour les soins à domicile, la vigilance doit être renforcée : température du logement, isolement, accès à l’eau, état général du patient, présence ou non d’un aidant.

Repérer les signes d’alerte

Lors d’une séance, certains signes doivent immédiatement attirer l’attention :

  • fatigue inhabituelle ;
  • vertiges ou malaise ;
  • maux de tête ;
  • nausées ;
  • crampes ;
  • confusion ou propos incohérents ;
  • peau très chaude, rouge ou sèche ;
  • essoufflement inhabituel ;
  • aggravation brutale de l’état général.

En cas de doute, il ne faut pas banaliser. La séance doit être interrompue, le patient installé au frais, hydraté si son état le permet, et une aide médicale sollicitée si nécessaire.

En cas de malaise, de confusion, de perte de connaissance, de fièvre élevée ou de signes évocateurs de coup de chaleur, il faut appeler le 15.

Informer les patients : des messages simples à répéter

La prévention repose aussi sur la répétition de messages clairs. Nous pouvons rappeler à nos patients, notamment les plus fragiles :

  • boire régulièrement de l’eau, sans attendre d’avoir soif ;
  • éviter l’alcool ;
  • manger suffisamment, même léger ;
  • rester au frais autant que possible ;
  • fermer les volets en journée et aérer la nuit ou tôt le matin ;
  • se mouiller le corps régulièrement ;
  • éviter les sorties et efforts physiques aux heures les plus chaudes ;
  • prendre des nouvelles des proches isolés ;
  • contacter un professionnel de santé en cas de symptôme inhabituel.

Il est également utile d’encourager les personnes âgées, isolées ou en situation de handicap à se signaler auprès de leur mairie, afin d’être inscrites sur le registre communal des personnes vulnérables.

Une vigilance particulière pour certains patients

Une attention renforcée doit être portée aux patients :

  • âgés ou isolés ;
  • atteints de pathologies cardiaques, respiratoires, rénales, neurologiques ou métaboliques ;
  • en situation de handicap ;
  • polymédiqués ;
  • présentant des troubles cognitifs ;
  • en rééducation après chirurgie ou hospitalisation ;
  • vivant dans un logement mal isolé ou très exposé à la chaleur ;
  • ayant déjà présenté des chutes, malaises ou épisodes de déshydratation.

Pour ces patients, le kinésithérapeute peut jouer un rôle d’alerte auprès du médecin traitant, de l’entourage, des aidants ou des autres professionnels intervenant à domicile.

Protéger aussi les professionnels

La canicule concerne également les soignants. Les tournées à domicile, les déplacements, les séances actives et les journées en cabinet exposent les kinésithérapeutes à la chaleur.

Il est important de veiller à sa propre hydratation, d’adapter son rythme, d’éviter les efforts inutiles, de prévoir de l’eau dans le véhicule et de rester attentif aux signes de fatigue. Un professionnel épuisé ou déshydraté sera moins disponible pour repérer les situations à risque.

En pratique

Chaque cabinet peut mettre en place une organisation simple :

  • identifier les patients les plus fragiles ;
  • adapter les horaires lorsque c’est possible ;
  • limiter l’intensité des séances ;
  • renforcer les messages de prévention ;
  • surveiller les signes d’alerte ;
  • contacter le médecin traitant ou le 15 en cas de situation préoccupante.

L’activation d’ORSAN au niveau 3 traduit la gravité de la situation et appelle à une mobilisation collective. Les kinésithérapeutes, par leur présence régulière auprès des patients et leur rôle de proximité, sont des acteurs essentiels de la prévention des complications liées à la chaleur.

Restons vigilants, pour nos patients comme pour nous-mêmes.


Numéros utiles

  • Canicule info service : 0800 06 66 66 (numéro vert, appel gratuit, activé pendant l’épisode)
  • Urgences : 15 en cas de malaise, confusion, perte de connaissance ou coup de chaleur

Pour aller plus loin

  • Dispositif ORSAN et ses volets (ARS Bretagne) : https://www.bretagne.ars.sante.fr/dispositif-organisation-regionale-de-la-reponse-du-systeme-de-sante-en-situations-sanitaires
  • Définition légale d’ORSAN (Légifrance, art. R.3131-4) : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000006072665/LEGISCTA000033217194/
  • Gestion sanitaire des vagues de chaleur (ministère de la Santé) : https://sante.gouv.fr/sante-et-environnement/risques-climatiques/article/la-gestion-sanitaire-des-vagues-de-chaleur