Chargement en cours

Modes d’exercice coordonnés : MSP, ESP et CPTS

Face à la complexité croissante des prises en charge, à l’augmentation des maladies chroniques et à la nécessité d’améliorer l’accès aux soins, les modes d’exercice coordonnés se sont développés en France depuis une quinzaine d’années. Les Maisons de Santé Pluriprofessionnelles (MSP), les Équipes de Soins Primaires (ESP) et les Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS) sont désormais les dispositifs clés facilitant la coordination entre les professionnels de santé de ville et le secteur hospitalier. Pour les kinésithérapeutes, ces structures représentent un cadre pertinent pour mutualiser les ressources, travailler en équipe et impulser des projets de santé publique.

Maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP) : fonctionnement et avantages

Les MSP regroupent au minimum deux médecins généralistes et un auxiliaire médical (infirmier, kinésithérapeute, sage-femme, etc.). Elles sont dotées d’une personnalité morale, souvent sous la forme d’une Société Interprofessionnelle de Soins Ambulatoires (SISA), et disposent d’un projet de santé co-construit avec des objectifs communs. Cette organisation permet de bénéficier d’un financement spécifique via un contrat pluriannuel avec l’Agence Régionale de Santé (ARS).
Les kinésithérapeutes bénéficiant de la MSP peuvent profiter du partage des locaux et du matériel (pas systématiquement), de la collaboration facilitée avec des médecins et paramédicaux, ainsi que de la mise en place de protocoles et de projets de soins partagés. Ils participent aux réunions pluridisciplinaires pour traiter les cas complexes et contribuent aux actions de prévention et d’éducation thérapeutique.
La continuité des soins est renforcée grâce aux dossiers patients partagés La possibilité de la délégation d’actes et de la mutualisation administrative augmentent l’efficacité et l’attractivité de ces équipes.

Équipes de soins primaires (ESP) : souplesse et coordination autour du médecin traitant

Les ESP sont des regroupements de professionnels organisés autour d’un médecin traitant, sans nécessité de structure juridique ni locaux communs. Leur fonctionnement est plus flexible, permettant de coordonner le suivi des patients grâce à un projet de santé commun et des réunions régulières obligatoires.
L’ESP facilite la participation des kinésithérapeutes à des parcours de soins coordonnés depuis leur cabinet, favorisant la reconnaissance de leur expertise par la mise en œuvre de protocoles spécifiques, la communication via messageries sécurisées et l’utilisation conjointe d’agendas partagés.

Communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) : coordination territoriale

Créées en 2016, les CPTS réunissent à l’échelle d’un territoire des professionnels libéraux, des établissements de santé, des structures médico-sociales et des acteurs sociaux. Elles sont chargées d’améliorer l’accès aux soins, de fluidifier les parcours patients et de coordonner les actions de prévention.
À travers un projet de santé élaboré en concertation avec l’ARS et les collectivités locales, les CPTS fixent des objectifs concernant les soins non programmés, la prise en charge des maladies chroniques, la prévention et la continuité des soins.
Les kinésithérapeutes y trouvent un cadre structuré pour participer à la prise en charge en accès direct, au développement de projets territoriaux (prévention des chutes, réhabilitation péri-opératoire, activité physique adaptée) et à la coordination avec les hôpitaux et réseaux spécialisés. Ces communautés valorisent la fonction de référent de parcours et peuvent accéder à des financements complémentaires via l’Accord Conventionnel Interprofessionnel (ACI) CPTS.

Défis et leviers pour réussir

Malgré leur potentiel, ces modes d’exercice font face à plusieurs obstacles : complexité administrative, disparités dans les pratiques, réticences à partager les données, manque de temps dédié aux tâches de coordination non valorisées financièrement. Pour assurer leur succès, il convient de renforcer la culture du travail en équipe, de développer des outils numériques interopérables, de favoriser la formation continue à la coordination et d’améliorer la reconnaissance financière et institutionnelle des professionnels impliqués.
Le rôle des ARS et des URPS est essentiel pour accompagner les porteurs de projets, faciliter l’accès aux ressources et promouvoir une concertation efficace.

France Santé et l’amendement à venir

Le Gouvernement français a récemment déposé un amendement dans le cadre du Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale (PLFSS) 2026 visant à rebaptiser les Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS) en « Communautés France Santé ». Ce changement s’inscrit dans une volonté politique de rendre ces structures territoriales de coordination des soins plus visibles et lisibles aux yeux des usagers, en s’inspirant du modèle des maisons France Service mises en place depuis 2017.​

L’objectif de ce label France Santé est multiple : renforcer et valoriser les modes d’exercice coordonnés existants en leur apportant un soutien financier plus conséquent, tout en facilitant l’accès aux soins sur les territoires à travers un réseau de premier recours visible et efficace. Ce dispositif accompagnera les professionnels dans la consolidation de leurs dispositifs, avec des financements dédiés permettant l’amélioration des ressources humaines (secrétariat, infirmières, etc.) et le développement de projets de prévention et d’innovation technologique.

Cependant, malgré une adhésion importante des professionnels sur le terrain, certains acteurs soulignent un cadre réglementaire encore flou et une organisation parfois perçue comme verticale, avec un risque de confusion des rôles entre structures. Le succès du réseau France Santé dépendra de la capacité à renforcer la co-construction locale entre professionnels de santé, collectivités et ARS, tout en assurant une gestion financière transparente et adaptée.​

Enfin, ce réseau vise à garantir qu’en moins de 48 heures, chaque citoyen puisse bénéficier d’une réponse adaptée à ses besoins de santé, accentuant ainsi la proximité, la rapidité et la continuité des soins sur tout le territoire.​

Conclusion

Les modes d’exercice coordonnés MSP, ESP et CPTS répondent aux enjeux essentiels d’accessibilité, de continuité et de qualité des soins dans un contexte de prise en charge complexifiée. En s’investissant dans ces structures, les kinésithérapeutes participent activement à la construction d’un parcours de santé cohérent, valorisent leur expertise et contribuent à la transformation du système de santé pour un bénéfice accru des patients.